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14.03.2010

Pardon du Père

*
Ne parlons pas de ma dignité,
Ne parlons pas de mes égarements,
*
Père, ai-je encore une place dans tes bras?
ou bien suis-je condamné à trouver mon salut loin de toi?
*
REMBRANDT-FILS-PRODIGUE.jpg
Mon fils,
Je ne parle pas de ta dignité,
Je t'accueille d'abord dans mes bras,
*
Tout ce que j'attends de toi c'est que tu te tournes vers moi,
que tu chemines vers moi.
*
Moi, je t'ai créé libre.
*
Si tu te détournes de moi,
la peine que tu me causes,
tu ne peux pas imaginer sa profondeur
et je ne te le demande pas.
*
Je peux seulement te dire, si tu m'interroges, que
ma peine est à la mesure de mon amour pour toi.
*
*
Lève la tête! dit le Père à son fils prodigue,
vois comme, si nous nous aimons,
toute douleur s'efface!
même si elle
laisse des
traces
*
*
ce sont
des traces
de vie
*
*

26.11.2008

Etty Hillesum

Extraits du journal d'Etty Hillesum:

« J'essaie toujours de retrouver la trace de l'homme dans sa nudité, sa fragilité, de cet homme si souvent introuvable. Enseveli parmi les ruines monstrueuses de ses actes absurdes

« Il y a en moi un puits très profond. Et dans ce puits, il y a Dieu (...) Des pierres et des gravats obstruent ce puits, et Dieu est enseveli. »

Ce qui me frappe dans son parcours, c'est qu'elle est au départ agnostique, et qu'en suite d'un travail thérapeutique avec un psychologue, pour se guérir d'une instabilité psychique inquiétante qu'elle ne voulait pas laisser aller au gré de la nature, elle a découvert Dieu dans toute sa profondeur et son caractère aujourd'hui plus que jamais problématique.

108N024.jpg
Le site du journal La Croix propose un intéressant rappel de son parcours

06.02.2008

Mercredi

Des cendres?

Certes, je vois partout gravats, démolitions, ruines.

Je vois des valeurs qui s'effondrent, qui m'enruinent. Mais moi, moi! Je tiens bon!?! Il le faut, disent-ils?!?

Je ne vois pas de cendres dans ma cité.

Les cendres, c'est pour demander que je les met sur moi (lire le livre de Jonas avec l'épisode du roi de Ninive qui se couvre de cendres).

C'est pour demander que je mets des cendres sur moi.

- Demander quoi?
- le Pardon.
- Pardon?
- demander le Pardon, l'attendre pas en vain.
- Aujourd'hui, il n'y a plus de place pour le pardon. Il n'y a de place que pour l'allégresse. Tu le disais toi-même. Allegria!!!

C'est ça, tu trouves que ce qui compte, c'est le mardi gras. Un gras de graisse qui enrobe tout et se prolonge sur tous les jours de la vie, plantureux, turgescent.

Calme-toi vieux! modère-toi! Il n'y a pas le feu au lac.

*

24.01.2008

Deuil, joie, pardon: avenir

Vas-y! Parle! 

Le deuil ne devrait jamais être morbide, encore moins triste à mourir.

J'ai trouvé ça un peu chez Freud je crois: 'faire son deuil', c'est se séparer de quelque chose pour passer à ce qui vient ensuite, car voilà, s'éterniser, c'est parfois ne plus vivre. 'Faire son deuil', c'est achever une déchirure, faire qu'elle cesse, la refermer avec soin, avec droiture.

La vie est renouvellement, surprise, étonnement.

* 

Deuil et pardon ont quelque chose en commun.

Ils sont capiteux et capitaux. Vitaux, je veux dire.

Sans deuil, pas de vie. Sans pardon, pas de vie ensemble. 

Sans deuil et sans pardon, pas de lendemain: un présent qui s'éternise, toujours moribond.

Mais je tourne en rond. A quoi je veux en venir?

* 

Je veux en venir à la joie.

Faire son deuil de son enfance, de son proche, de son parent défunt, ce n'est pas le trahir, ni l'abandonner. C'est accepter le saut dans l'avenir, c'est, en confiance, se dire que ce dont j'ai fait le deuil m'a construit, me construit encore et m'aide à vivre, bien debout sur mes racines, si profonde au fond.

Tu me diras: ce n'est pas très joyeux tout ça! Hé bien justement si. Je n'ai pas de joie plus profonde que quand je me suis libéré du poids d'un péché, quand j'ai fait mon deuil de ce qui est passé, si précieux.

 *

Tu as assez parlé. Tais-toi à présent!

Oui, Seigneur. 

 *

15.01.2008

Ne pas se satisfaire

Le pardon n'est pas une fin en soi. Rien de la vie ne s'arrête, le pardon reçu, d'où qu'il vienne.

Le pardon, c'est un don.  

La vie continue.

Aimer signifie ne pas s'arrêter, jamais.

L'amant n'est pas un spectateur, ce n'est pas un consommateur, ce n'est pas un maître, ce n'est pas un esclave. 

L'amant est une partie de elle, de lui,  le pardon n'arrête pas leur relation, au contraire, il la remplit de quelque chose de neuf, d'un don, le pardon. L'amour avec un pardon a plus d'inertie (je veux dire 'de poids').

08.01.2008

Accepter le pardon

Je suis pardonné:

Le prêtre m'a écouté.
Il m'a lui-même interrogé et conseillé comme un habile connaisseur de la nature humaine.
Et enfin il m'a dit, reprenant la formule sacramentelle: "tes péchés te sont remis".

J'étais absous par ce sacrement.
Je suis libéré du péché confessé.

Je ne peux pas dire qu'il m'est facile d'accepter que je suis pardonné. J'y travaille.

*

Il faut que j'accepte cette absolution, que j'en accepte la réalité la plus profonde: je suis libéré du poids du péché confessé, je n'ai plus sur le dos cette épaisse couverture de ma propre faute.

Il n'y a pas de fatalité du mal!

Aujourd'hui, tout est fatal, tout se gagne ou se perd à la force du poignet, dans une logique du donnant-donnant.
Milton Friedmann disait: "There is no free lunch". Rien n'est gratuitLe don est une illusion (voire une tromperie).
Le pardon est une anomalie, un truc pas crédible, une fausse note dans le concert du connant-donnant, pardon, du 'donnant-donnant'.

Quelle erreur! Comme si l'amour, on ne pouvait en parler. Parce que même Friedmann devait admettre que l'amour est incalculable ou n'est pas. Il est don gratuit de moi, l'amant, et réception gratuite de l'autre, l'aimé. Certes, il y a un feu dévorant dans l'amour, auquel je ne survis pas dans ma petite personne, mais bon Dieu, la vie est feu (quels sont encore les termes de Blaise Pascal lors de son illumination? Quel est le titre de cet ouvrage de Yourcenar, 'Feu'?).

 Aimant, je deviens tout autre, autre que moi, plus maître de moi. Certes.

*

31.12.2007

Délivrances

J'arrive nu devant Dieu.
Je lui expose mes fautes.
Il m'écoute, patiemment.
Je lui demande de me pardonner.
Il me pardonne.

Je retourne vers mes semblables, tous proches.
Ils m'accueillent et me voient libéré.
Ils n'auraient pu me libérer de mes fautes eux-mêmes.
Ils sont heureux de me voir libéré.

Je leur donne ce que j'ai.
Il ne me coute rien de donner.
Un jour je trébuche à nouveau.

Je retourne nu devant Dieu.
Je lui demande de me pardonner.
Il m'écoute et me pardonne.

Je retourne vers mes semblables, tous mes prochains.
Ils m'accueillent et me voient libéré, à nouveau neuf.
Ils rendent grâce que je sois allé chercher le pardon auprès de Dieu.

Je donne ce que j'ai, ce qui me rapporte la reconnaissance.
C'est déjà ça.
Il ne me coute rien de donner, au contraire, ça me rapporte plein.
Un autre jour, toujours le même et toujours différent, je trébuche.

*

Je retourne nu devant Dieu. Je l'ose.
Un prêtre est là, entrée vers Dieu - car un jour, Dieu s'est incarné, et l'Incarné a touché Pierre, qui a touché ses prêtres, qui de fil en aiguille - je veux dire de mains bénissant à mains bénissantes - a touché celui que je vois ici.
Je peux parler d'homme à homme,
Une oreille (consacrée) écoute, une bouche (bénie) parle Dieu pour moi.
Je lui dis mon trébuchement, ma violence, ma haine pour mes semblables parfois.
Je lui dis combien j'erre - peut-être en pleurant, pourquoi pas?
Il écoute et retient pour Dieu toute cette - quoi? - fange, misère que je verse dans la balance.
Que je balance.
*
Libéré - joyeux d'être libre, absous -, je retourne à mes œuvres, parmi les hommes, mes semblables.
Ils m'accueillent d'autant plus, sans le savoir, que j'ai demandé le pardon auprès de Dieu.

*