Personne n'est étonné de lire qu'une dame de nonante ans veut mourir, mais que personne ne lui vient en aide. Le Standaard en fait ce matin une information de première page.
Venir en aide à une personne agée, c'est en premier lieu s'asseoir à côté d'elle, et faire avec elle un "entretien".
Parler avec son prochain "entretient" ce qu'il y a de plus précieux dans la vie: la liaison, la relation, l'échange.
Venir en aide à une personne très agée, est-ce que ça pourrait signifier l'aider à mourir?
Aider quelqu'un à mourir, je l'ai déjà fait, mais pas autrement qu'en aidant une personne mourante à vivre avec le sourire ses dernières heures, à ne pas voir la mort comme un noir manteau qui recouvrirait toute la vie avant de l'anéantir, mais comme une étape, une borne à franchir vers plus de lumière - sans que je puisse dire en quoi consiste cette lumière.
Je peux dire que, l'ayant fait (c'était une cousine qui mourait, l'été passé), l'ayant sentie partir (elle est morte alors que j'étais en randonnée dans le sud de la France avec ma fille ainée, je n'ai pas pu assister à son enterrement, je n'ai pu parler qu'au téléphone avec son mari, pour l'entendre et lui dire ma sympathie, de loin - merveille du GSM dans la montagne!).
Aidant ma cousine à mourir, la visitant quelques fois et lui offrant, à l'occasion, quelques BD merveilleuses (Larcenet ou les "Magasin général"), je ne me suis pas substitué à elle, je n'ai pas prétendu être à sa place. Je ne faisais que la voir passer, sans pouvoir faire le chemin avec elle jusqu'au bout.
Curieux entretien entre deux personnes dont les chemins se séparent trop vite, l'une et l'autre le sait, et pourtant l'une et l'autre poursuit avidement cet entretien, parce qu'il cultive ce qu'il y a encore à ce moment là de vie.
Si quelqu'un veut la mort, c'est qu'il y a une douleur qui l'a submergé. C'est que son esprit a sombré dans un désespoir sans retour. C'est que notre humanité a été à ce point imparfaite que cette personne a préféré lui tourner le dos.
A qui en vouloir, puisque nous sommes tous appelés à être sauvés?
Le fils de ma cousine, que je revoyais récemment (il a 17 ans), me disait que les BD que je leur avais offertes étaient formidables. Voilà. Il y a toujours de quoi se réjouir. Réjouissons-nous!